Face à l’intensification des événements climatiques extrêmes, le modèle assurantiel atteint ses limites. Pourtant, les politiques publiques reculent, jugeant non prioritaires les mesures de transition climatique. Le récent rapport du Haut Conseil pour le Climat dresse ce constat et analyse les pistes stratégiques à explorer pour améliorer la protection des assurés.
Risques climatiques et limites du modèle assurantiel
En 2025, inondations, feux de forêt et vagues de chaleur enregistrent des records historiques en France et dans le reste du monde.
Face à cette montée exponentielle des risques liés au changement climatique, le Haut Conseil pour le Climat s’inquiète de l’essoufflement du modèle d’assurance que nous connaissons aujourd’hui.
Dans son dernier rapport, cet organisme indépendant constate que les pertes financières engendrées par les catastrophes naturelles dépassent régulièrement les prévisions. Cette évolution remet en cause la capacité des assureurs à résister à ces chocs.
Aujourd’hui, pour compenser l’augmentation des risques, les assureurs relèvent le montant des primes d’assurance. Mais ces tarifs deviennent alors difficilement abordables, tant pour les particuliers que pour les professionnels.
Cela entraîne également une réduction de la couverture assurantielle dans des zones jugées très exposées, par exemple à la sécheresse ou à la montée des eaux. D’où parfois des mécontentements et des contestations des décisions de couverture.
En partie en cause, les méthodes d’évaluation des risques ont atteint leurs limites et intègrent difficilement cette nouvelle donne climatique. En s’appuyant sur des données historiques périmées, les outils d’analyse actuels conduisent à des modèles tarifaires inadaptés. Cela impacte négativement les bilans des assureurs.
Sans atteindre les 40 milliards de dollars qu’a coûté l’incendie dans le comté de Los Angeles en janvier dernier, la facture globale des catastrophes naturelles en France a dépassé, en 2024, 3 milliards d’euros, battant un nouveau record.
Le secteur automobile en a fait les frais. On a tous en tête les images de voitures emportées par les inondations, ou brûlées lors de feux de forêt. Les infrastructures routières ont également subi de lourds dégâts. Sans parler du coût imprévu des voitures électriques ou hybrides.
Retrouvez ici : Le rapport du Haut conseil pour le climat.
Les défis d’adaptation du secteur assurantiel
Dans l’obligation de trouver des solutions, le monde de l’assurance n’a d’autre choix que d’adapter ses modes opératoires tout en garantissant une couverture efficace des assurés.
A la base, l’urgence se situe sur une refonte de la modélisation des risques pour intégrer prospectivement l’évolution rapide de ces nouvelles réalités climatiques. L’intelligence artificielle entre ainsi en jeu, en facilitant la collecte et l’analyse des données en temps réel.
Ensuite, pour réduire la concentration des risques, les assureurs diversifient leur portefeuille de clientèle entre zones rurales et urbaines. Et, pour ne pas être les seuls à assumer cette évolution, des partenariats publics-privés doivent être conclus, notamment sur le plan local. L’idée est alors de mieux pouvoir anticiper et gérer les événements extrêmes.
Autre piste suivie par certaines compagnies d’assurance, l’expérimentation de l’assurance paramétrique. Contrairement aux assurances traditionnelles, ce type de couverture propose un contrat définissant à l’avance les conditions de déclenchement de l’indemnisation.
Concrètement, l’assuré choisit un paramètre pertinent pour son activité, comme la température ou les précipitations. Dès que le seuil est atteint, l’assureur verse un montant forfaitaire convenu à l’avance. L’assuré n’a ainsi plus besoin d’attendre la venue d’un expert et son estimation des dégâts.
Certains voient dans cette assurance sur mesure une solution d’avenir, permettant de réduire de nombreux coûts, notamment d’expertise. Cette combinaison de personnalisation, de transparence et de rapidité a certes de quoi séduire.
Reste que les paramètres choisis pour déclencher le paiement doivent être soigneusement définis, et correspondre au mieux au niveau d’indemnisation. Quant à la dépendance à des données fiables, elle est difficilement évitable.
Mais il faudra sans doute encore quelque temps pour que satellites, intelligence artificielle, et bases météorologiques puissent fournir ces données de manière fiable. Et elles doivent permettre partout l’accès aux données et à un prix abordable.
Prévention et éducation du public
Cette transition en marche du monde de l’assurance doit s’accompagner d’une meilleure information du public sur l’importance des enjeux face à l’évolution du climat. Cette responsabilisation des assurés doit les convaincre d’adopter des comportements visant à réduire les risques climatiques. Particuliers et professionnels sont concernés.
Cela passe par une évaluation plus précise des vulnérabilités incitant les assurés à agir pour réduire l’impact des sinistres. Débroussaillage, isolation thermique des logements, changement des comportements à risque en font partie.
Cela implique la mise à disposition d’outils vulgarisés d’auto-évaluation des risques, chacun à son niveau. Cette prévention doit faire l’objet de campagnes ciblées sur l’adaptation de nos milieux de vie. Cela concerne, entre autres, nos logements, mais aussi les infrastructures stratégiques au niveau des collectivités territoriales.
D’où l’importance de partenariats locaux pour renforcer la résilience des territoires et le déploiement d’applications mobiles pour faciliter la communication et les réponses apportées en cas de sinistre.
Il s’agit pour le monde de l’assurance d’un enjeu sociétal crucial intégrant économie, science et citoyenneté. Prévention, mutualisation et innovation doivent se conjuguer pour assurer l’adaptation rapide de notre modèle assurantiel.
Afin de poursuivre votre réflexion à ce sujet, lire nos articles « Comment continuer à assurer le risque climatique ? » Et « Le climat fait vaciller le secteur de l’assurance ».